mercredi, août 29, 2007

reflexions sur le contact des langues: cas de khemissset


Ahmed HARIRI
kenitra le : 06/07/2007




Dans un monde où le libéralisme et l’ouverture des frontières pour le libre échange et le déplacement des personnes et des bien sont les maîtres mots de l’actualité internationale, on assiste à une vague de retour au communautarisme et de repli sur soi sans précédent dans l’histoire humaine ; cette vague se base sur la suprématie d’une identité sur les autres et même sur les droits universaux.

Alors pour contrer toute forme de réformes ou de réflexions qui avanceraient l’humanité dans le sens du progrès et de la tolérance, on brigue le drapeau de la spécificité identitaire pour préserver l’ordre établi, voir même revenir à un idéal historique révolu et dépassé par la logique même de l’histoire.

Le Maroc n’échappe pas à ce constat. Depuis toujours deux courants se sont partagé le terrain de la réflexion sur son devenir : le premier voyant des conflits et des complots partout, au point d’en faire le moteur de l’histoire dans cette région du monde, et c’est le plus dominant sur la scène, mais pas le plus influent .
un deuxième essayant de faire la part des choses, en appelant , au moins, à ne pas prendre de parti avant de questionner la réalité de la société, c’est à dire rendre compte de ce que pensent et vivent les gens intéressées, avant d’émettre un jugement qui pourrait fausser la prise de décision concernant des sujets décisifs et sensible tels que la situation sociolinguistique au Maroc et le devenir des langues .

En effet, bon nombre d’études et de recherches ont essayé de rendre compte de la situation sociolinguistique au Maroc, en adoptant une approche « généralisatrice ». Ces études qu’on dit « macro », et qui prétendent faire des constats sur la situation au Maroc dans sa globalité, ne peuvent pas aboutir à des résultats fiables et vérifiables sur le terrain, sans oublier les tendances politiques et les préjugés de leurs auteurs qui influencent et orientent ces études dès leurs premiers pas. Ainsi l’approche conflictuelle du champs des langues au Maroc, n’est que le reflet de la situation politique dominante dans ce dernier ; c’est une politisation d’un champ qui devait rester du sort de la recherche scientifique objective, qui fait des constats et propose des solutions, dans l’intérêt de tout les marocains, et non pas à chercher une place à une tranche de la population qui se sent biaiser dans ses droits politiques et économiques. S’il est vrai que, dans la politique, tout les coups sont permis, le champ, ô combien sensible des langues, dans une société aussi plurielle que la notre, est une arme à double tranchant, et difficilement maniable.

Mon travail porte sur le contact des langues à Khemisset. en essayant de rendre compte de la situation sociolinguistique régnant dans cette ville, nous espérons contribuer à la description de la réalité langagière au Maroc dans cette partie du monde et dans cette période de son histoire. A travers une étude ciblée et limitée dans l’espace et le temps, nos allons essayer d’apporter des éléments de réponse aux questions suivantes :
• Quelles sont les langues en présence à khémisset ?
• Quel est le statut de chaque variété langagière à khemisset ?
• Y’a-t-il conflit ou contact des langues dans cette région ?
• Quels rapports entretiennent les locuteurs khmissi avec leurs langues ?
• Comment le locuteur de cette localité se représente-t-il les langues en présence ?
• Comment se définit-il au niveau sociolinguistique ?
• Y’a-t-il des traits stigmatisés ou valorisés par ce locuteur ?
• Les changements d’espace (quartier, ville) influence-t-ils le comportement langagier des khmissis ?
• L’arabe dialectal marocain en usage à khémisset, a-t-il des spécificités locales ?
• Le statut social du locuteur khmissis influence-t-il son comportement langagier ?
• A-t-on recours aux différentes variétés, dans différentes situations, de façon arbitraire ou consciente et réfléchie ?

A travers ces questions et bien d’autres, nous essayerons de mettre l’interlocuteur au centre de notre recherche, c’est lui qui devrait nous dire sa relation avec les langues en présence dans sa ville, celle qu’il entretient avec ses concitoyens parlant d’autre variétés que la sienne, et plus important encore comment est-ce qu’il vit sa ou ses langues au sein d’une société plurilingue.

Notre hypothèse de travail est la suivante : dans une ville où les usagers ont recours à plusieurs variétés langagières de façon quotidienne, depuis des décennies, s’adaptant à chaque situation et faisant chaque fois le va et vient entre ces variétés, mixant les codes ou en les alternant ; comment se fait-il qu’ on n’aie jamais entendu parler d’un conflit majeur au niveau sociolinguistique ?
D’après notre première lecture, qui reste à comparer et confirmer avec les données collectés sur le terrain, il y’a une autorégulation réfléchie et acquise au fil des siècles chez le locuteur marocain, qui fait que ce savoir vivre ensemble continue à être la meilleur réponse à tout ceux qui pense à chaque moment que le collier marocain va se décomposer et laisser place au chaos.

Cette autorégulation fais que le locuteur khmissi et plus généralement le locuteur marocain, assigne à chaque langue, chaque dialecte, et chaque variété un rôle précis selon ses besoins, les situations d’interaction et ses stratégies de communication. Le locuteur est intelligent, il manie ses outils linguistique et ne subi pas une pseudo loi imposée par les autres, il n’est ni supérieur, ni inférieur par sa langue.

Dans une même maison, au sein d’une même famille, et au même moment, trois langues sont utilisées, sans le moindre problème, ni la moindre frustration : le papa parle à ces parents et à ses frères et sœurs en alternant arabe dialectal et amazigh, s’adresse à son épouse en français, en prenant le soins de traduire à ses parents et à ses grands parents en amazigh, et s’adresse exclusivement à ces derniers en amazigh même s’il comprennent aussi l’arabe dialectal.

L’identité marocaine a toujours été plurielle, et si cette nation a su faire face jusque là à ses démons, c’est en grande partie parce qu’elle a su tirer le meilleur de sa richesse et de sa pluralité ethnique, linguistique et religieuse.

mercredi, octobre 18, 2006

Langue officielle/langue nationale :

Langue officielle/langue nationale :

Identifier la différence entre langue nationale et langue officielle est une tâche assez délicate d?autant plus que nous n?avons pas trouvé dans les références sociolinguistique que des éléments de réponse peu satisfaisants. Néanmoins, nous allons nous aventurer à proposer une définition la plus exhaustive possible. Avant il est nous parait nécessaire de mentionner que au niveau du débat sur le devenir des langues au Maroc, et surtout la situation de l?Amazigh, deux courant se sont distingués au fil des années, le premier revendiquant la constitutionnalisation de cette langue en tant que langue officielle, et le second voit qu?il vaudrait mieux qu?elle soit mentionnée en tant que langue nationale dans la constitution. Nous avons beau chercher une définition claire et précise de ces deux concepts, mais en vain ; nous avançons l?hypothèse que vu que ces revendications sont plus politiques que scientifiques, il est du sort des sociolinguistes de s?enquérir de cette tâche.
Une langue nationale, pour nous, serait une langue utilisée par une majorité ou une minorité d?individus au sein d?une même nation, c?est une langue généralement orale et véhiculaire et a une forte connotation identitaire ; elle peut être écrite, mais elle n?est pas le moyen de communication écrite des instances officielles, surtout de l?administration.
Une langue officielle est une langue qui est spécifiquement désignée comme telle, dans la Constitution ou les textes de loi d'un pays, d'un État ou d'une organisation quelconque.
Elle est le moyen de communication écrite des instances officielles et de l?administration.

Ainsi, nous soulevons des définitions susmentionnées que la différence essentielle entre langue nationale et officielle réside au niveau juridique, la seconde est mentionnée dans la constitution ou les lois du pays en tant que telle, alors que la seconde ne l?est pas. Néanmoins, des pays ont franchi le pas, pour des raisons politiques généralement, et ont mentionnés dans leur constitution l?existence de langue officielle aux côtés d?une langue nationale, c?est le cas de l?Algérie dernièrement.
La moitié des pays du monde disposent d'une langue officielle.
Certains d'entre eux reconnaissent une seule langue officielle, c'est le cas du Maroc, de la France, de l'Allemagne et de l'Albanie.
Certains pays ont plusieurs langues officielles, tels la Finlande, la Suisse, le Canada, ou l'Afghanistan.
Dans plusieurs pays, comme l'Italie, l'Espagne, ou l'Irak, il y a une langue officielle pour le pays, mais d'autres langues sont co-officielles dans certaines régions.
Quelques pays, comme les États-Unis d'Amérique, n'ont pas de langue officielle, mais il existe des langues officielles pour certains États qui les composent.
Enfin, certains pays n'ont aucune langue officielle, ainsi l'Érythrée, la Suède ou le Royaume-Uni.
L'existence d'une seule langue officielle n'implique pas qu'il s'agisse de la seule langue maternelle , ni même qu'elle est l'une des langues maternelles les plus parlées. Ainsi dans certains pays d'Afrique et aux Philippines, les langues officielles et d'enseignement (français ou anglais), héritées du colonialisme, ne sont pas les langues nationales ou les plus parlées. De même, dans les pays arabes, la langue officielle est l'arabe littéral alors que la langue maternelle est un arabe dialectal (langue issue de l'arabe mais différente car ayant évolué localement) ou même une langue totalement différente (tamazight, kurde). Dernier exemple, la République d'Irlande a adopté le gaélique comme langue nationale officielle, alors qu'il est en réalité parlé par une faible proportion de la population, tandis que la langue ayant un statut légal secondaire (l'anglais), est la langue parlée par la majorité.
Certaines organisations internationales ont aussi des langues officielles et/ou des langues de travail. Ainsi l'ONU s'est dotée de six langues officielles ? arabe, anglais, chinois, espagnol, français, russe ? qui sont les langues les plus largement comprises dans le monde, même dans les régions où on ne les parle pas spontanément ; tous ses travaux et débats sont retranscrits dans ces six langues officielles.
L'Union européenne représente un cas particulier fort intéressant puisque par nature elle ne privilégie la langue d'aucun État, et reconnaît donc une multitude de langues officielles.

jeudi, avril 20, 2006

programme de la journée

Programme de la journée d?Etude
09.00 Ouverture
Allocution de Monsieur Mohamed Essaouri, Président de l?Université Ibn Tofail
Allocution de Monsieur Abdelfettah Bengueddour, Doyen de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines.
Allocution du Professeur Leila Messaoudi, Responsable du Laboratoire Langage et Société.
Présentation des séances par le Professeur Houriya Bouarich, Coordinatrice du Groupe Varialang.
9h30 Pause café / Thé

9h45 Communication introductive :
Leila Messaoudi, Université Ibn Tofail, « Variation langagière et catégorisation ».


Première Séance
Variation Phonologique
Présidente : Professeur Houriya Bouarich
Faculté des Lettres et des Sciences Humaines - Université Ibn Tofail - Kénitra


10h00 Ahmed Alioua, Université Qadi Ayad, Marrakech :« De l?assibilation de consonnes occlusives dans le parler de Marrakech ».
10h15 Bahija Laimouna, Université Ibn Tofail, Laboratoire Langage et société « La variation phonologique dans le parler du Nord du Maroc ».
10h30 Mostafa Shoul, Université Mohammed I, Oujda : « Etude acoustique de la variation du /y/ français chez un locuteur marocain ».
10h45 Taoufiq Allah Afkinich, Université Ibn Tofail, « linguistics variation in moroccan arabic ».
11h00 Ben Lamkadem jamila , Université Ibn Tofail , « La variation phonétique de l?arabe formel »

11h15 Débat 2mn (Question) 3mn (Réponse)
11h45 Pause
Deuxième Séance
Variation Lexicale
Présidente : Professeur Leila Messaoudi
Faculté des Lettres et des Sciences Humaines - Université Ibn Tofail - Kénitra



11h45 Meftaha Ameur. I.R.C.A.M. « La variation en Amazigh : une voie d?enrichissement de la langue ».
12h00 Rachid Fettah, Laboratoire Langage et société, « Variation lexicale et néologisme dans l?amazigh ».
12H15 Mohamed Aiche, Laboratoire Langage et société, « La variation situationnelle : registres de langue, cas du français au Maroc. »
12h30 Nadia Khatabi, Laboratoire Langage et société, « La variation lexicale dans le parler de Sidi Allal Tazi. »
12h45 Hichame Mahtane, Laboratoire Langage et société, « La variation lexicale en fonction de l?âge : le parler des jeunes ».

13h00 Débat
13h30 Pause déjeuner

Troisième Séance
Variation syntaxique
Président : Professeur Hanane Bendehmane.
Faculté des Lettres et des Sciences Humaines - Université Ibn Tofail - Kénitra




15h00 Soumiya Midouch, Laboratoire Langage et société, « La variation syntaxique dans l?Amazigh de Bni Warain,
le cas de la négation ».
15h15 El Ghouak Brahim, Université Ibn Tofail, ????????? ??????????? ? ????? ???????
15h30 Elhadri Abdenour, Université Ibn Tofail, ???????? ???????? ?? ????? ???????

15h45 Amal Kouhail, Laboratoire Langage et société, « La variation syntaxique dans le parler de Chouafaa ».
16h00 Boughaba Abdelillah, Université Ibn Tofail, ???? ??????? ?????? ???????

Quatrième Séance
Variation discursive
Variation linguistique
Présidente : Professeur Mlle Sanae Ghouati.
Faculté des Lettres et des Sciences Humaines - Université Ibn Tofail - Kénitra



16h45 Malika Bahmad, Université Ibn Tofail, variation du discours pédagogique, (cas du français juridique)
17h00 Zohra Terrada, Laboratoire Langage et société « La variation linguistique dans le discours mathématique ».
17h15 Abdelah Benthami, Laboratoire Langage et société « La variation langagière dans la région de Zair ».
17h30 Rachida Mostaid, Laboratoire Langage et société, « La variation linguistique dans le parler de Casablanca ».
17h45 Nadia Maanino, Laboratoire Langage et société, « Le Parler citadin de Salé ».
18h00 Houriya Bouarich, Université Ibn Tofail, variation du discours pédagogique, cas du français de biologie/géologie

18h15 Débat
18h45 Séance de clôture

Apeel à contribution

UNIVERSITE IBN TOFAIL
FACULTE DES LETTRES ET SCIENCES HUMAINES
LABORATOIRE LANGAGE ET SOCIETE
KENITRA


Appel à contribution

Toute communauté linguistique use de plusieurs variétés linguistiques. Des études récentes montrent qu? il n?existe pas de société qui ne disposerait que d?une seule variété linguistique ; tout comme il n?existe point d?individu qui ne maîtrise qu?une seule variété de langue .
Le phénomène de la diversité des usages au sein d?une même langue, dans le processus social de la communication est évident ; il se manifeste sur plusieurs plans :
- géolinguistique (ou géographique),
- temporel,
- social,
- Situationnel.

Par ailleurs, la variation linguistique révèle le caractère multiple d?une langue et la possibilité qu?elle a de dire la même chose de différentes manières, sous l?influence de divers facteurs, essentiellement sociaux.
Les formes linguistiques peuvent varier aussi bien au niveau du son, du lexique, que de la morphosyntaxe. Le pluralisme qui caractérise les différents messages d?une langue, tout comme l?importance des facteurs non linguistiques dans la communication, conduisent à la prise de conscience que les divers moyens linguistiques utilisés, qui présentent une régularité au sein même de la variation, sont à considérer non seulement du point de vue de leur forme linguistique mais aussi de celui de leur signification sociale
A cet effet, le Groupe Varialang du Laboratoire Langage et société organise une journée d?études sur « la variation linguistique » le jeudi 20 avril 2006.
Cette journée d?étude compte consacrer ses travaux aux régiolectes ? sociolectes ?idiolectes, au sein des axes suivants :
- La variation syntaxique
- La variation phonologique,
- La variation lexicale.
Pour tout renseignement, contacts :
Responsable du laboratoire Langage et société
Professeur Messaoudi Leila
leimess@hotmail.com

Coordonnateur du groupe de recherche Varialang
Professeur Bouarich Houriya
houriya_bouarich@yahoo.com

mercredi, juin 15, 2005

Maroc, pays de la diversité


Maroc/Morocco, originally uploaded by tijani.

Le Maroc, pays de la diversité par excellence, c'est un pays au pluriel, surtout au niveau linguistique, plusieurs langues et dialectes s'y côtoient sans que cela influence en quoi que se soit son unité. L'Arabe avec ses différentes variétés, le Tamazight avec ses trois grandes variétés : le tarifit, le tachelhit et le tamazighte, la Hassania langue des tributs sahraouis (région du sahara marocain), en plus des langues étrangères : le français, l'espagnole et l'anglais, font la richesse de ce pays à l'histoire riche.

Débats sociolinguistiques


Maroc/Morocco, originally uploaded by tijani.

Débats sociolinguistiques


Le présent papier est une participation dans le débat actuel sur les langues et leur devenir au Maroc, il essaye de démontrer qu'une discipline telle que la sociolinguistique a son mot à dire, et peut apporter des réponses aux nombreux questionnements que se pose notre société sur son devenir linguistique et identitaire.




1- De l'importance de la sociolinguistique :

Qui de nous n'a pas été ? une fois au moins dans sa vie-, confronté à la situation suivante : dans un train, café, fête ou bus dès que vous adressez la parole à quelqu'un et que vous sympathisez un peu, il essaye de deviner de quel région vous êtes en se basant juste sur votre accent et votre façon de parler.
C'est un jeu assez répandu auquel s'adonnent des citoyens qui n'ont aucune relation avec les sciences du langage, à tel point qu'on pourrait être tenté de dire au premier venu "parles-moi, je te dis d'où tu viens" et même d'aller plus loin en disant" parles-moi, je te dis qui tu es".

Le langage n'est pas un simple outil technique de communication que tout le monde peut utiliser de la même manière et aux mêmes fins, il est beaucoup plus complexe que cela.
L'acte langagier est toujours révélateur, et au même degré porteur de secret; comme l'adage qui dit "on ne se baigne jamais deux fois dans la même rivière", on peut dire aussi " on ne parle jamais deux fois de la même manière", même si c'est pour répéter la même chose.
Quand un locuteur prend la parole, au-delà de ce qu'il dit ou de ce qu'il veut dire, d'autres facteurs entrent en jeu pour déterminer la façon avec laquelle il le dit.
.
La difficulté de mettre le langage sous le crible de l'étude scientifique vient du fait que le chercheur en sciences du langage essaye d'appréhender l'être humain dans ce qu'il a de plus humain : le langage, ne dit-on pas que l'être humain est un animal qui parle.

L?histoire d?une langue est liée à celle de ses locuteurs, elle exprime leur volonté de progresser et d?avancer, ou au contraire elle peut refléter leur malaise et leur déchéance ; quand la civilisation arabo-musulmane battait son plein, la langue arabe était son porte parole, et l?expression de son universalité comme l?étaient avant elle le latin, le romain ou le persan, et comme c?est le cas de l?anglais, du français ou de l'espagnol de nos jours.

La langue en tant que composante principale de la culture, et de là de l'identité de l'être humain a toujours suscité des débats houleux et passionnés dans toutes les sociétés, la notre (marocaine) y compris. Le débat sur le devenir des langues est d'actualité au Maroc? le statut de l'amazigh, la situation de l'arabe, la "dominance" du français et de l'anglais. Chacun des acteurs socio-politico-culturels a un avis différent à donner. L'ouverture politique du régime et la marge des libertés publiques et d'expression aidant, tout le monde se cherche une position par rapport à ce débat, de la monarchie aux intellectuels en passant par les partis politiques, les syndicats, les associations "culturelles"? à tel point que le débat a pris des tournures politiciennes. c'est devenu un cheval de Troie pour régler des comptes politiques historiques entre les différents acteurs du champs politique marocain? en échangeant des accusations de part et d'autre, touchant à l'intégrité et à la crédibilité des uns et des autres. Cela a pris des proportions dramatiques, à l'occasion du débat sur la graphie à adopter pour la transcription de l'Amazigh. Un débat qui s'est soldé avec la décision du régime d'adopter la graphie Tifinagh. Une décision politique pour une problématique linguistique et technique, dont le principal objectif était de mettre fin à un débat qui commençait à menacer l'unité et la stabilité de la société.

Durant toutes ces dernières années, la sociolinguistique, qui de par sa nature, est apte à répondre aux différents malaises que connaît notre société au niveau linguistique, et à remédier aux différents maux dont souffre la gestion de ce champs, a été reléguée aux derniers rang, au profit de l'exploitation politicienne de ce débat sur le devenir des langues au Maroc.
Les sociolinguistes y sont pour beaucoup dans cette situation, surtout ceux qui- selon Leila MESSAOUDI- pratiquent "une sociolinguistique de cabinet". En se contentant d'un rôle technique, et en usant de la méthode paresseuse de transposer des théorie étrangères à la réalité marocaine sans effort d'adaptation de ces mêmes théories à une société chargée d'histoire comme la notre, les sociolinguistes marocains ont manqué un rendez vous avec l'histoire pour mettre le pays sur la voie de la réconciliation avec son histoire et son identité.

La sociolinguistique, en collaboration avec d'autre disciplines bien entendu, est la branche des sciences humaines qui peut le mieux répondre aux malaises identitaires dont souffre notre société, et qui peuvent avoir des conséquences fatales pour nos générations futures, si on continue à pratiquer la même politique de l'autruche adoptée jusqu'ici.
Faire face à cette situation de malaise, c'est prendre conscience que la composante principale dans toute tentative de résolution des problèmes linguistico-identitaire au Maroc passe inévitablement par le locuteur/citoyen. Ce dernier est le grand absent de ce débat, alors qu'il devrait y être au centre. Ce n'est pas pour rien que les locuteurs sont absents des comptes des différents acteurs et intervenants dans la question linguistique, notre société commence à peine à apprendre ce qu'est la démocratie : donner la parole au citoyen d'abord. A ce niveau, la sociolinguistique a beaucoup à apporter, puisque son rôle est d'être à l'écoute des locuteurs (citoyens) et de ce qu'ils disent.


2- Locuteur et démocratie :
Quel relation pourrait-il y avoir entre ces deux concepts : locuteur et démocratie ?
A priori, ils paraissent loin l'un de l'autre, le premier appartenant au champ spécifique de la linguistique, le second à celui de la politique, mais la linguistique et la politique sont devenues tellement liées que certaines décisions de la dernière peuvent être le fruit des réflexions de la première, et le contraire est tout aussi vrai, d'où l'émergence de la politique linguistique comme branche a part entière dans les sciences du langage.
Quand nous avons parlé, plus haut, des sociolinguistes de cabinet, c'était pour montrer à quel point nos élites sont détachées de la réalité de leur société. Analyser la situation sociolinguistique en terme de conflit ou de guerre des langues, ou encore en terme de marché où tout est sujet à la loi de la vente et de l'achat, et où tout a un prix prédéfini? c'est passer à coté de la réalité de la chose. Le Maroc a toujours été un pays de coexistence, de tolérance et de richesse culturelle et linguistique. Dire aujourd'hui que l'Amazigh (qui existe depuis des millénaires), ou l'Arabe (qui a fait sa place depuis plus de quatorze siècle), sont menacés, c'est prouver qu'une grande partie de nos chercheurs -surtout les plus influents- n'ont pas su écouter les leçons de l'histoire, ni celles des locuteurs, qui ont su sauvegarder leur patrimoine culturel et linguistique durant touts ces siècles, tout en l'enrichissant avec une ouverture bien pensée sur les différentes influences étrangères.

Aujourd'hui, plus que jamais, au moment où notre pays cherche sa voie vers la démocratie et la réconciliation. Nos chercheurs sont tenus de donner sa place privilégiée au locuteur, pour qu'il exprime ses attentes, ses vrais malaises, ce qu'il attend de sa/ses langue(s). Il faut que nos sociolinguistes, loin des renchérissements idéologiques, arrivent à déterminer où et quand les marocains s'expriment dans telle ou telle langue et pourquoi.
Le locuteur doit reprendre son droit et sa liberté de s'exprimer dans la langue de son choix, tout en respectant le droit au "vivre ensemble", c'est-à-dire vivre sa différence au sein de l'unité sans complexes, ni d'infériorité ni de supériorité.
Le locuteur marocain a su, jusqu'à nos jours, tirer profit de la richesse de son patrimoine linguistique. Il parle arabe dialectal quand il le faut, berbère quand il en a besoin, français ou espagnol quand l'occasion se présente, et cela se fait de manière rationnelle et réfléchie selon les situations de communication. Alors pourquoi chercher plus loin quand la réponse est toute proche, et c'est les locuteurs qui peuvent répondre à toutes les questions, il suffit de leur demander et de les observer dans leur quotidien.
Le jour où nos chercheurs, surtout sociolinguistes, poseront leurs questions aux locuteurs sans préjugés, et rapporteront leurs réponses sans manipulations, notre société aura mis ses premiers pas sur le chemin de la démocratie et du respect du droit du citoyen à décider de son destin et participer à celui de sa patrie.

De l'importance d'une politique linguistique :
La politique linguistique est l'ensemble des mesures q'un état mets pour réguler le champs linguistique au sein d'une société donnée, c'est "un ensemble des choix conscients concernant les rapport entre langue(s) et vie sociale" (L. J. Calvet : la sociolinguistique)
Tout état démocratique digne de ce nom doit avoir sa propre politique linguistique qui tienne compte des langues en présence sur son territoire, de leur histoires, des aspirations des locuteurs à s'exprimer librement dans leur langue (s), et à leur donner les moyens de la développer et de participer a l'enrichissement du patrimoine culturel de leur pays.

La langue est partie prenante de l'identité de l'être humain, opprimer sa liberté à communiquer avec ses paires dans cette même langue et à afficher son appartenance à la culture qu'elle véhicule, constitue une atteinte à un de ses droits fondamentaux, et peut générer des frustrations qui pourraient être fatales pour n'importe quelle société.
Au Maroc, ces dernières années ont connu une nette évolution vers l'instauration d'une politique linguistique équitable et démocratique, et vers une gestion plus rationnelle de la question amazighe surtout, mais beaucoup de choses restent à faire.
L'institut royal de la culture amazighe, l'introduction de l'amazigh dans l'enseignement, le plus de liberté accordé aux associations amazigh? sont autant d'indicateurs de la volonté du régime d'appréhender la question amazighe d'une nouvelle approche et d'une nouvelle optique.
Malgré les avancées sus-citées, le plus important reste à faire puisque plusieurs forces hostiles à la réconciliation des marocains avec leur identité et leur histoire continuent à vider ces avancées de leur contenu, et à mettre les battons dans la roue. Il faut une volonté ferme et sans équivoque de la part de tous les acteurs dans notre pays à aller de l'avant dans le processus d'institutionnalisation de la langue et de la culture amazigh, et pourquoi pas une constitutionnalisation de cette même langue en tant que "langue nationale" aux côtés de la langue officielle : l'arabe. Les Imazighens ont pu sauvegarder leur identité et leur langue pendant très longtemps, et il est temps pour qu'ils voient leur culture s'épanouir sans complexe, dans une société démocratique, moderne et sans frustrations.

mardi, janvier 04, 2005

Bonne année

L'UFR "Langage et société" de sociolinguistique appliqée de l'université Ibn Toufail Kenitra Maroc vous souhaite une très bonne année pleine de bonheur, de joie et de réussite

mardi, décembre 07, 2004

Compte rendu de l'ouvrage "Etudes sociolinguistique" de Leila MESSAOUDI (2003)

Compte rendu de l'ouvrage
Etudes sociolinguistiques
De Leila Messaoudi (2003)
Publication de la faculté des lettres et des sciences humaines
Université Ibn Toufail (Maroc)
Par Ahmed Hariri







Dans une société telle que la notre (Maroc), où le débat sur le statut et le devenir des langues bat son plein et suscite l'intérêt à tout les niveaux : politique, scientifique, officiel, populaire, les sciences du langages sont d'actualité, et parmi celles-ci la sociolinguistique a certainement son mot a dire.
La sociolinguistique est la discipline par excellence qui a -en complémentarité avec d'autres bien sur- tout les atouts pour apporter des éléments de réponse aux nombreux questionnements que se pose la société et, aux grands malaises linguistiques qu'elle vit (à l'instar de la plupart des pays du monde, d'ailleurs).

Faisant de l'étude des rapports entre le langage et la société son cheval de batail, l'apport de la sociolinguistique ne peut être que positif. Mais son objet d'étude, qui est par nature sensible et problématique (il touche l'être humain dans ce qu'il a de plus humain : le langage), ne facilite pas la tâche aux chercheurs soucieux d'objectivité et de scientificité ; d'où la nécessité, pour la sociolinguistique de cerner son objet d'étude, de clarifier ses fondements théoriques, ses méthodes de travail et limites d'intervention, et surtout d'adapter et réadapter constamment ses concepts à la réalité langagière et sociale traitée.

Rares sont les études qui se sont attaquées au champ sociolinguistique marocain dans un esprit pédagogique, et méthodologique, tel que l'a fait Leila MESSAOUDI dans son livre « études sociolinguistiques ». Reliant théorie et travail de terrain, le volume se compose de quatre parties, une introduction et une conclusion.

Dans son introduction fort intéressante, Leila MESSAOUDI tente de cerner l'objet de la sociolinguistique, en la confrontant à d'autres disciplines: la linguistique et la sociologie du langage.
Se positionnant par rapport à deux grands vétérans de la sociolinguistique, elle annonce: "on ne peut pas réduire la sociolinguistique à la linguistique comme le préconise LABOV et l'opposition entre les deux est loin d'être caduque comme le pense L. J CALVET", pour elle, la linguistique se définit comme étant l'étude des faits linguistiques (intrasystémiques), la sociolinguistique comme étant l'étude des pratiques linguistiques (corrélées à des paramètres sociologiques), et enfin la sociologie du langage comme étant l'étude des représentations vis-à-vis des pratiques linguistiques.
Elle retrace l'histoire de la sociolinguistique en puisant ses ressources dans la linguistique moderne qui a vu le jour avec le CLG (cours de linguistique générale) de Firdinande de Saussure, qui a considéré que la langue est "le langage moins la parole", c'est-à-dire que pour cerner l'objet de la langue "en tant que système collectif utilisé par une masse parlante" (p.5), il fallait omettre tout ce qui relevait de l'individuel, du variable, et chercher plutôt ce qui est homogène et régulier. Un enseignement que vont suivre les grandes théories linguistiques du XX ème siècle à savoir le générativisme et le fonctionnalisme, le premier avec Chomsky en quête d'une grammaire universelle, le second de Martinet dont "l'objectif était d'extraire du corpus le système linguistique tandis que les variantes étaient relégués au second plan".
Pour L. MESSAOUDI, il a fallu attendre les travaux de W. LABOV et ses enquêtes dans l'île de Martha's Vineyard, les magasins de New York, mais surtout son travail sur le parler des jeunes noirs de Harlem, pour fonder les bases de la linguistique variationniste et donner à la sociolinguistique toute sa dimension de science étudiant le langage dans son contexte social, c'est-à-dire partir de la réalité langagière pour aboutir à la théorisation de cette même réalité, en en dégageant la systématisation. A ce niveau, notons la critique que fait l'auteur à une sociolinguistique qu'elle qualifie de "sociolinguistique de cabinet", et qui -pour une raison ou une autre- se détache de son objet d'études et s'aventure dans des dérives politico idéologiques "qui porte du tort non seulement à ses tenants mais surtout aux variétés linguistiques et à leurs locuteurs" (p.32), ainsi l'approche réductible de la théorie du "marché linguistique" prônée par BOURDIEU, et appliquée par A. BOUKOUS au paysage sociolinguistique marocain dans son livre "société, langues et,culture au Maroc, est critiquée vivement par L. MESSAOUDI " il nous semble peu probable que le paradigme conceptuel, construit par BOURDIEU autour du "marché linguistique" ait eu pour objectif celui de figer le réel langagier et le réduire à la seule relation de langue dominante/ langue dominée. Les lois même du marché ne peuvent revêtir un caractère stagnant et elles sont par définition changeantes à l'image des cotations à la bource." (p.31), elle appelle à une ré interprétation de ce concept de manière dynamique. Le réel langagier marocain ne peut s'appréhender que dans sa complexité et sa pluralité, le figer dans une relation exclusivement conflictuelle entre ses composantes, c'est hypothéquer sa richesse et son avenir.

En passant au fil des pages les principaux concepts développés par les différents chercheurs en sociolinguistique (communauté linguistique, variation, hyper correction, insécurité linguistique, marché linguistique, terrain...), l'auteur nous présente les fondements de sa réflexion sociolinguistique, basée en premier sur l'importance du locuteur dans toute recherche. En effet, une langue n'existe que par ses locuteurs, or ces derniers ne parlent jamais de la même manière, et pour appréhender le langage de façon scientifique et rationnelle, il faut aller vers le locuteur et voir comment il parle dans les différentes situations qu'il rencontre dans son quotidien, et comment il arrive à gérer ses interactions avec d'autres locuteurs en usant de différentes stratégies pour ne pas entrer en conflit avec eux, et atteindre ses objectifs.
Quand l'auteur parle d'aller vers le locuteur pour analyser ses pratiques langagières, c'est dire combien la notion de terrain est prépondérante dans sa réflexion. En fait, le terrain est le seul garant d'objectivité et de rationalité, c'est à lui et à lui seul que revient de déterminer si une situation est conflictuelle ou harmonieuse, en tenant compte évidemment du ""cadre éthique" de l'implication du chercheur qui doit constamment être en vue" (p.18).
Le locuteur est le noyau dur de la recherche sociolinguistique, et la "théorie du locuteur" à laquelle appelle l'auteur trouve sa légitimité dans le fait qu'une réalité langagière est le fruit des interactions entre différents locuteurs, qui "développent une série de conduites langagières en fonction de buts déterminés et "intelligibles" pour eux. Ces conduites sont socio différenciées et elles obéissent à une rationalité" (p.33/34).
L'hypothèse de la rationalité, concept empreint à Max Weber (1913), et déjà évoqué dans un travail précédent de L. Messaoudi (1998), se base sur les constats suivants:
1- le comportement langagier des locuteurs est considéré comme "rationnel": il choisi son langage selon la situation de communication et selon le but escompté.
2- Deux types stratégies sont déployés par les locuteurs :
· Des stratégies d'adéquation quand il maîtrisent un code et qu'ils sont en conformité avec les normes de son emploi.
· Des stratégies de compensation lorsqu'ils les locuteurs maîtrise un ou plusieurs codes et qu'ils choisissent, selon les situations de communication d'utiliser tel code ou tel autre, ou un mélange des deux
L'hypothèse de la rationalité qui est toujours en construction, rend au locuteur -jusque là délaissé par les grands courants linguistiques- sa valeur en tant qu'acteur principal de l'acte de communication, et c'est à partir de ses interactions avec d'autres locuteurs que l'on peut détecter la nature de sa relation, conflictuelle ou pas. Un autre concept puisé de la sociologie weberienne et adaptée au champs de la sociolinguistique: "l'idéal type"; pour Messaoudi "les locuteurs peuvent être sérié comme autant d'unités types, dont on pourrait ériger les profils langagiers en "idéal type" (ou "idéaux types"), sa démarche consiste à détecter des "macro discriminants" à partir de l'observation des réalisations langagières précises des locuteurs, pour rendre compte de la systématisation de traits qui peuvent différencier socialement tel locuteur d'un tel autre, ou tel communauté de tel autre.

vendredi, décembre 03, 2004

Pourquoi ce blog

Ce site répond à un besoin de communication que les doctorants de l'UFR "langage et société" n'ont cessé d'évoquer depuis la création de l'UFR de sociolinguistique appliquéé à l'université Ibn Toufail de Kenitre. Il est dédié au partage de la passion de la recherche dans le domaine du langage. n'hésitez pas à nous contacter et à nous faire part de vos recherche et remarques.
Merci

la sociolinguistique

la sociolinguistique est une discipline qui met en relation la sociologie et la linguistique pour une meilleure appréhension de l'act langagier. il est vrai que pour étudier un phénomène linguistique, il faut le mettre dans son contxte social sinon, son analyse et son explication serait boiteuse. la situation professionnelle, le sexe, l'age, l'appartenance ethnique, le niveau d'étude...
sont autant de facteurs qui influencent nos comportements langagièrs, ne pas en tenir compte revient à dire que tout les hommes parlent de la même manière, ce qui est totalement faut, et pis encore cela porterai atteinte à notre diversité qui représente l'essence même de l'humanité